En littérature, le dorica castra est une figure de style qui se caractérise par la reprise d’un même son de la fin d’une unité au début d’une autre unité. Cette figure est particulièrement utilisée dans la poésie latine pour son effet sonore, mais l’exemple le plus connu est celui d’une comptine pour enfant.

Ce film est une recherche visuelle et documentaire sur la figure du sauvage.

Monté selon un parti pris formel très précis : enchaînement des plans et des situations par jeu de matières et de personnages archétypaux (le tas de pierre, le tas de bois, le tas de foin, le costume de foin, le costume de bête, la fourrure de bête, la bête sauvage, le loup, le chasseur, l’ours, etc…), le film se rapprochera de l’univers du conte.

En suivant diverses fêtes païennes célébrant les saisons et mettant en scène le sauvage, le film navigue dans les représentations de  l’Autre, les peurs qu’il véhicule, et les moyens de les domestiquer (les peurs et l’Autre). Evitant la narration il entend stimuler l’investissement psychique du spectateur. Sur des trames sérielles, avec une iconographie tissée d’archétypes renvoyant à des images archaïques (le conte, la légende), les images peuvent développer un monde d’énergies, ancré dans les sensations et les affects.

« Dorica Castra » est un travail en cours. Une première étape de travail a donné « Hommes de paille », un court-métrage documentaire expérimental de 5 minutes visible en bas de cette page.

trois petits chats / chapeau de paille / paillasson / somnambule / bulletin / tintamarre / marabout / bout de ficelle / selle de cheval / cheval de course / course à pieds / pieds à terre / terre de feu / feu follet / lait de vache / vache de ferme / ferma ta gueule / gueule de chien / chien du roi / roi en guerre / guerre de troie / trois petits chats

La fête à l’envers : Instantanés de tournages

Arles-sur-Tech / France  07.02.2016

Prats-de-Mollo / France  21.02.2016

Valašské Klobouky / Tchéquie  03.12.2016

Valašská Polanka / Tchéquie  04.12.2016

« Dès la fin du IIème siècle, les docteurs chérifiens ont lu dans les jeux masqués, les bombances calendaires, les quêtes nocturnes… d’inquiètantes résistances puis résurgences du paganisme, plus dangereuses encore que les cultes civiques et impériaux car liées au rythme du temps et au socle « populaire » des sociétés locales. »

Daniel Fabre

Carnaval ou la fête à l'envers

L’éthymologie de maska a été repérée dans des textes lombards du VIIème siècle qui évoquent le filet dans lequel on enveloppait les morts. La maille du filet se dit macula.(…)

En Europe au moins, la grande période d’apparition du masque c’est l’hiver. C’est le moment où la terre est gelée et qu’on ne peut plus enterrer les morts. Or, dans la tradition chrétienne il y a un interdit absolu de brûler les morts donc on était obligé de les conserver au grenier, au dessus de la paille ou dans les granges.

Les morts sont à ce moment-là dans un état intermédiaire qui leur permet aussi de revenir, couverts de leur maille de filet, la macula, masqués.

Claude GAIGNEBET

EXTRAIT 5′

Depuis le Moyen-Âge dans ce village autrichien on exorcise l’arrivée de l’hiver et les peurs qu’elle symbolise le jour de la Saint Nicolas. Une longue procession déambule toute la nuit dans le canton.

Les douze Schab sont en tête et fouettent le sol pour en chasser le mauvais sort, suivis d’une foule hétéroclite de personnages archétypaux et d’une centaine de Krampus ou figures du sauvage.

Cette nuit-là on joue à se faire peur, à se faire mal, mais les costumes permettent surtout de mettre en scène collectivement notre altérité.

 

( Dans le langage courant, l’homme de paille désigne une personne qui couvre de son nom les actes ou les écrits de quelqu’un d’autre. La personne ainsi protégée peut agir de manière anonyme à travers la couverture que lui procure l’homme de paille.)