Les cahiers épinglent

Trouvé dans l’édito des cahiers n°714, une réflexion de Stéphane Delorme sur la « BFMisation » des cerveaux, relayée par une partie grandissante de la production de fictions françaises :

« C’est comme si le cinéma s’était détaché de notre monde pour vivre dans une sphère séparée, pour raconter les mêmes histoires, convaincre les mêmes financiers, rassurer le même public. (…) Qu’est-ce que le cinéma de fiction nous a appris sur la crise financière depuis sept ans, sur l’Europe, sur le gouvernement des experts, sur les castes au pouvoir, sur la révolte qui monte ? Où sont les satires féroces de ce moment ubuesque où les incompétents clament leur incompétence et les soumis leur soumission ? Mais aussi comment témoigner des nouveaux rapports de vie, empestés par la peur, la sécurité, la rentabilité, l’amertume, la surveillance consentie, et un goût moindre pour la liberté (…)? »

(Il me semble parfois qu’une question énoncée clairement peut être aussi rafraîchissante qu’un tardif brossage de dents.)

Il poursuit dans un article plus détaillé :

« Jacques Rancière propose une distinction limpide entre ce qu’il appelle « la police » et « la politique ». La police est le consensus selon lequel il n’y a pas d’autre réalitéque celle que nous vivons (aujourd’hui la réalité économique), et que les gardiens de cette réalité définissent ce qu’il faut voir et énoncer, ceux qui prennent part ou sont exclus, bref un partage du sensible. « La société y consiste en groupes voués à des modes de faire spécifiques, en places où ces occupations s’exercent, en modes d’êtres correspondant à ces occupations et à ces places. Dans cette adéquation des fonctions, des places et des manières d’être, il n’y a de place pour aucun vide » (Aux bords du politique). (…)

La politique commence lorsque les limites du visible et de l’énonçable  sont déplacées, lorsqu’un autre paysage sensible est esquissé et que l’espace est reconfiguré. » Stéphane Delorme

Notes de tournage

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